[Récit] Crépuscule sur Elona

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[Récit] Crépuscule sur Elona

Message  Vinlaarie le Ven 23 Mai - 15:54

Chapitre 1: Le Rêve.

Il régnait dans le Palais un silence pesant et un froid glacial. Même dans les profondeurs de Neriak, la ville que la lumière du jour avait fui pour toujours, cela était un mauvais présage. Elle devait le lui dire à tout prix... d'ailleurs, elle le lui avait déjà dit et nul dans ce sombre palais n'avait tenu compte de son avertissement. Dame Mortséide ne parviendrait pas à reprendre la Tour de Garde des mains de la Princesse Séleucide et de sa clique. Et sa dépouille franchirait d'ici peu la Troisième Porte. Elle avait vu les troupes défaites commencer à refluer vers la cité.
A Altaïr Mortséide, il ne resterait désormais que le souvenir de son épouse, partie trop tôt alors qu'elle entrait dans son quatrième siècle d'existence. Elle le lui avait annoncé: la mort de sa femme libèrerait la petite fille qu'on avait déposé à ses pieds six ans plus tôt... Il refuserait de croire qu'elle avait dit la vérité, il aurait oublié tout de leurs anciennes conversations... elle le savait et pourtant, elle était décidée à ce qu'enfin quelqu'un la crût.
La Pythie maudite, condamnée à ne jamais être crue arpentait le long couloir qui la mènerait au Seigneur Mortséide, ses sandales usées craquant lamentablement sur les dalles noires immaculées. Sa robe, élimée et rapiécée grossièrement en plusieurs endroits recouvrait sa peau sombre et ses os. Une grande cape noire dissimulait son corps sale et son visage émacié, recouvert de crasse, encadré par des cheveux emmêlés était recouvert d'un grand capuchon. Ses yeux blancs comme la neige étaient terrifiants: capables de voir au fond de toute personne et par delà les murs invisible de la grande trame du Destin.
Latrine... tel était le nom dont elle s'était affublée. Latrine la Folle, ainsi était-elle nommée dans tout Neriak, tantôt crainte, tantôt plainte, tous savaient que le malheur frapperait celui auquel elle s'intéresserait. D'aucun la considérait comme l'incarnation de la Folie, une des entités qui jadis, avait scellé le sort funestes des Elfes des Ténèbres. La Rumeur lui prêtait des pouvoirs immenses et elle n'était pas loin de la vérité...

Altaïr Mortséide siégeait sur son trône d'os et d'acier, l'air abattu. Il savait que sa dame avait échoué dans son entreprise. Il avait senti disparaître son aura. Elle et ses troupes avaient été vaincues. Pourtant, la Voix du Conseil avait dit que la Tour de Garde tomberait. Il savait que la Corruption avait sournoisement infiltré le Conseil des sept plus anciennes lignées de Neriak, il savait la position des Mortséide précaire depuis la disparition de son épée ancestrale. Il savait aussi que si sa lignée avait encore sa voix au Conseil, c'était plus par peur du souvenir de sa fondatrice originelle, Noho Mortséide qu'autre chose. Mais l'idée que la Voix ait sciemment envoyé sa propre femme à la mort lui était tout simplement intolérable.
Dire qu'il était désemparé serait être très loin de la vérité. Il semblait avoir vieilli deplusieurs siècles en seulement quelques minutes. Il sentait tout le poids des affaire de sa famille qui reposait désormais sur ses seules épaules. Vinlaarie était encore trop jeune pour assumer la charge de sa mère.
La pythie s'approcha, s'inclinant respectueusement face au seigneur brisé. Ses paroles la prirent au dépourvu. Il la croyait désormais... cela ne s'était encore jamais produit. « Vous aviez raison, Dame Latrine, le temps n'était pas encore venu... puissiez-vous avoir dit vrai à propos de ma fille. »
- Le destin de Vinlaarie dépassera tout ce que les elfes noirs ont fait jusqu'ici, monseigneur. Mais elle devra endurer moult souffrance avant d'être en mesure de l'accomplir. Allez la quérir sur-le-champ, montrez-lui le corps brisé de votre femme. C'est à ce prix que se révèlera la Maîtresse des Ténèbres.
- Je refuse de lui infliger cette douleur inutile. Elle est si petite, si innocente et encore si vulnérable. Six ans, c'est trop jeune pour dire adieu à sa mère.
- Monseigneur, je comprends votre trouble et je refuserais de faire subir cette épreuve à ma fille. Mais vous n'avez pas le choix. Elle doit comprendre ce que signifie le prix du sang. Vinlaarie dépassera toutes les limites imposées jusqu'ici à notre race. Mes oracles se sont toujours révélés exacts. Et le fait qu'avec le recul, vous n'ayiez pas oublié ce que je vous avais annoncé concernant votre dame est le signe que de grands changements s'annoncent.
- Attendez-moi ici.

Dans l'aile Sud du Palais Mortséide, une oreille attentive pouvait distinguer la rapide et enjouée mélodie d'un clavecin, qui en ce lieu austère semblait irréelle. Altaïr s'approchait à pas rapides des appartements de sa fille. Il s'attarda devant la lourde porte noire, savourant les prouesses musicales de Vinlaarie. Il se surprit un instant à sourire. Elle était un véritable cadeau des dieux et lui, le père aimant, était aujourd'hui forcé de lui infliger une immense douleur.
Le morceau avait pris fin, il frappa à la porte, attendant qu'on lui fit signe d'entrer. La porte s'ouvrit d'elle-même et il pénétra dans une chambre aux murs noirs recouverts de tentures à dominante écarlate qui représentaient toute la cité de Neriak, quand celle-ci était au faîte de sa gloire. La petite fille était vêtue d'une robe à plis Watteau dans le dos, avec falbalas et manches pagodes dans un lampas rose, décorée de guirlandes de fleurs, avec des rayures cannelées chinées rose et montants chargé de pois. Ses cheveux bleu nuit étaient tirés en arrière, remontant en chignon avec des anglaises. La fillette, eut un sourire un peu gêné et fit la révérence, invitant son père à se joindre à elle et ses invités autour d'une tasse de thé. En croisant le regard de son père, Vinlaarie prit un air grave.
Il prit place sur un coussin de soie carmin, aux côtés d'une vieille poupée de chiffon vêtue d'une robe à crinolines grise et d'un gros ours en peluche miteux et borgne.

- Dame Gudule, Sieur Ours, j'ai le plaisir de vous présenter mon auguste père, le Seigneur Altaïr Mortséide. Souhaitez-lui donc la bienvenue dans mes appartements.
Les deux jouets s'inclinèrent alors légèrement. Vinlaarie croisa le regard dur de son père qui semblait la sonder intensément.

- Pardonnez-moi, père. Je voulais simplement vous montrer ce tour que j'ai appris à faire.
- Ne t'excuse jamais ma fille. C'est un signe de faiblesse. Notre seul nom de Mortséide répand la crainte chez qui l'entend. Les raisons de cela, tu les connaîtras bien assez tôt. Tu dois savoir une chose cependant. La Magie ne se révèle pas si tôt chez les Elus parmi les Elfes des Ténèbres. La Magie que tu viens de me montrer est un don rare: la télékinésie, ou l'art délicat de faire bouger les objets par notre seule volonté, n'a jamais été parmi les dons de notre lignée. Comme tes précepteurs te l'ont déjà dit, ou plutôt, comme tu l'as déjà lu dans les grimoires de notre bibliothèque que tu n'as pas le droit de lire, c'est un aspect de la redoutable science de la Psychomancie. Dans notre famille, les dons les plus répandus, sont l'Hématomancie ou Magie du Sang et la Ténébrance qui est l'art de manipuler les forces de l'Ombre à notre guise. Mais que cette aparté ne vous empêche pas d'accomplir dignement votre rôle d'hôtesse, Damoiselle Mortséide. Si votre thé est à la hauteur de votre maîtrise du clavecin, il ne fait aucun doute que nous passerons un moment exquis.
- Je nous ai préparé un breuvage de ma création: j'y ai mélangé du thé noir des rives du lac de la Malédiction, des pétales de rose et un ingrédient secret qui lui donne un goût tout à fait unique. J'espère que cela vous plaira père.

Vinlaarie versa alors le liquide orangé et fumant dans les quatre tasses de porcelaine peinte. Elle manipulait l'imposante théière avec une certaine difficulté tout en cherchant à rester gracieuse. Quand son père avait mentionné ses escapades nocturnes dans la bibliothèque familiale, elle avait levé ses yeux rouges vers le plafond, tandis que la pointe de ses oreilles s'était légèrement baissée. C'était là une tentative de se donner un air purement innocent. Durant une fraction de seconde, elle avait songé à nier. Ses parents semblaient connaître tous ses faits et gestes et cela était très effrayant pour la petite fille. Le Seigneur et la Dame Mortséide participaient parfois aux jeux de Vinlaarie, qui leur faisait oublier les intrigues qui se tramaient sans cesse dans les murs enchantés de Neriak, la cité aux remparts de sang. Mais aujourd'hui... elle sentait que quelque chose n'allait pas. Elle le voyait dans le regard de son père, dans cette barrière invisible qu'il venait de mettre entre eux deux. Comme si... comme s'il ne la considérait plus comme sa fille. Elle en nourrissait un trouble immense au point que sa poitrine se souleva dans un sanglot qu'elle parvint à étouffer. Alors le Seigneur Mortséide posa silencieusement sa tasse puis plongea son regard dans celui de Vinlaarie. Il se leva, tendit la main, l'invitant à le suivre. Tous deux avançaient d'un pas lent vers l'aile nord du Palais, celle où elle n'était jamais allée: la nécropole des Mortséide.

Elle avait senti que quelque chose de grave s'était produit quand son père lui avait dit que « maman était rentrée »... Maman... elle ne l'avait jamais nommée ainsi. Elle était étendue sur un sarcophage de marbre noir. Son corps était encore revêtu de son armure écarlate, son épée reposant sur sa poitrine immobile. Son visage reposé, jadis sombre, avait pris une pâleur lunaire. Ses cheveux ciel étoilé s'étalaient paresseusement sur ses épaules. Sous le regard de sa fille, l'incarnation de toute la noblesse et la majesté des Elfes des Ténèbres. Terrassée par le chagrin, Vinlaarie hurla mais aucun son ne franchit ses lèvres. La puissance de sa douleur était telle que le marbre noir sur lequel reposait Dame Mortséide s'était fendu. Les cheveux de la fillette prirent une teinte argentée, tout ses yeux que toute douceur avait quitté.


A cet instant, Vinlaarie Mortséide, Maréchal des Lanciers du Soleil s'éveilla en sursaut, croisant le visage d'une jeune fille, qui s'était visiblement blottie contre elle pendant son sommeil et qui, en cet instant, lui adressait un sourire gêné. À l'autre bout de la chambre, Goren et Olias firent irruption, prêts à éliminer la menace qui planait sur leur chef.

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Re: [Récit] Crépuscule sur Elona

Message  Vinlaarie le Ven 23 Mai - 15:57

Chapitre 2: Mère et Fille.

Morgana ouvrit grand ses yeux ambrés et sourit à sa mère qui jeta un regard furieux aux deux hommes qui avaient ouvert sa porte. Tous deux étaient livides et le regard de leur maîtresse ne laissait rien présager de bon. Vinlaarie les invita calmement à tourner les talons, à refermer la porte et à aller l'attendre dans la Grande Salle du Palais des Morts. Tandis qu'elle parlait, la chaleur qui emplissait la chambre n'était plus qu'un vague souvenir et la lumière matinale avait cédé la place à des ténèbres dans lesquelles ne brillaient désormais que les deux flammes argentées des yeux de l'elfe noire.
Morgana s'assit en tailleur sur le lit, se recouvrant d'un pan de drap. Elle se sentait très seule car elle savait sa mère très en colère pour manifester ainsi son pouvoir. Vinlaarie se tourna alors vers un miroir auquel était accroché une chemise de nuit de soie pourpre qu'elle passa en silence. Elle prit place sur le siège de velours cramoisi, contemplant le reflet de son visage, de nouveau calme et serein.
- Approche ma chérie, je suis heureuse de te voir.
- Je n'en suis pas si certaine, mère.
- Voyons, tu sais parfaitement que je n'ai cherché qu'à les impressionner. Mon attitude n'avait rien à voir avec ta présence. Tu sais aussi, que dans ma position, je ne peux me permettre le moindre signe d'humanité. Les hommes me considèrent comme un maréchal sans pitié, ils me suivent autant par crainte que respect.
- Je crois que c'est surtout la peur qui le motive, mère... et je vous confesse que parfois, je les comprends.
- Tu mens très mal, Morgana Mortséide. Je sais pertinemment que tu ne ressens aucune peur avec moi. Autrement, tu ne te serais pas blottie contre moi pendant mon sommeil, comme tu le faisais étant petite. Quel trouble agite ainsi ton esprit?
- Il n'y a rien mère, je comptais simplement vous rendre compte de ma mission auprès de la Lame Brillante. Je suis arrivé au beau milieu de la nuit, je suis allée m'annoncer à Tante Mantra et à Marraine Saeko. Je suis ensuite venue jusqu'à vos appartements et comme je n'ai pas osé vous déranger...
- Morgana... cesse immédiatement de me raconter des histoires. Oublierais-tu que tu parles à ta mère... et qu'une mère sait quand son enfant a un souci?
- Non... mais...
- Il n'y a pas de mais. Ce matin, je ne suis plus le chevalier de l'ombre, je ne suis plus le Maréchal des Lanciers du Soleil qui doit mener une armée d'hommes et de morts contre celle d'un dieu. Je suis juste ta mère.

Morgana se leva et s'approcha de sa mère. Sur la commode, elle prit une brosse en ivoire et commença à démêler les longs cheveux argentés de sa mère. Vinlaarie lui sourit et ferma les yeux, son visage exprimant un bien-être profond. Morgana contemplait leurs deux reflets dans le miroir et vit à quel point elles se ressemblaient. Elle se souvint de son départ vers les jungles de Maguuma et de la dispute qui avait éclaté alors. Vinlaarie et Noho avaient décidé d'aller sur Elona combattre Abbadon et ses serviteurs. Elle avait eu des mots très durs, qu'elle avait par la suite regrettés. Mais une Mortséide ne s'excuse jamais, c'est un signe de faiblesse. Ce jour-là, Vinlaarie lui avait dit une chose dont elle saisissait désormais toute la vérité: « plus elle grandit, plus une fille ressemble à sa mère. » Elle avait la même expression que sa mère et ce n'était pas pour lui déplaire.
Tandis que Morgana commençait à faire des tresses plaquées à sa mère, Vinlaarie rompit le silence.
- Je passais des heures à te coiffer quand tu étais petite. Cela me permettait de ne pas devoir porter de masque.
- Et vous chantiez fort bien d'ailleurs. C'était très apaisant.
- J'ai perdu le goût du chant à la mort de ma mère... j'ai perdu aussi celui du clavecin... et bien d'autres choses en ce jour funeste.
- Un clavecin? Quest-ce?
- Un instrument de musique qui n'existe pas ici, avec des touches et des cordes. Je n'en ai jamais saisi le fonctionnement exact mais j'étais très douée.
- Vous auriez donc très bien pu être une artiste alors.
- Non voyons. Disons simplement que j'ai été élevée comme il se devait pour une princesse. Mais ma vocation était de devenir chevalier. Et je te l'ai dit: il n'y avait plus de place pour la musique après la mort de ma mère.
- C'est à cela que vous rêviez...
- Effectivement.
- Elle devait être vraiment exceptionnelle alors, pour que vous y pensiez encore au bout de tous ces siècles.
- Et je lui ressemble en tout point... enfin d'après ce que disait mon père. Noho m'a peut être donné la vie, mais c'est Méliandra Mortséide qui a fait de moi celle que je suis. Comme tu as pu le remarquer, Noho et moi sommes très différentes.
- Vous ressemblerai-je un jour?
- Tu me ressembles déjà. Et plus encore...
- Mère... pour notre dispute...
- Il ne sert à rien de revenir dessus. Le passé est révolu et il est futile de s'y replonger sans cesse. Si tu es revenue, c'est que tu avais accompli ta mission. Tu as ramené avec toi des membres de la Lame Brillante qui vont nous prêter main forte pour la bataille. Alors il n'y a rien à redire.
- Vous avez toujours une longueur d'avance. C'est effrayant cette faculté à ressentir les choses comme vous le faites.

Morgana prenait le plus grand soin à rendre la coiffure de Vinlaarie parfaite. Rien ne dépassait des tresses plaquées et le reste de la longueur de cheveux était harmonieusement lâché. Plus le temps passait, plus elle sentait l'esprit de sa mère se focaliser sur la bataille à venir tout en conservant cette intimité qui prévalait entre elles deux. C'étaient deux femmes à la beauté sans fard qui se reflétaient dans le miroir. Malgré sa jeunesse et le fait que son père soit un humain tout à fait normal, Morgana avait déjà les traits sans âge similaires à ceux que l'esprit de sa mère avait imprimé sur le corps humain dont elle avait pris possession par la grâce d'Innoruuk. Comme sa mère, elle avait les cheveux argentés mais les siens étaient coupés court, ébouriffés sur l'arrière du crâne tandis qu'une mèche plus longue lui barrait le visage. Si Vinlaarie avait les yeux argentés dont la profondeur trahissait une existence de plusieurs siècles, les yeux ambrés de Morgana brillaient en permanence comme deux flammes mortifères.
Vinlaarie se leva, laissant glisser sur son corps félin sa chemise de nuit. Elle plongea son regard dans celui de sa fille, lui découvrit le corps, passa ses doigts fins sur ses épaules et lui déposa un baiser sur le front avant de se retourner vers le paravent qu'elle écarta de sa main gauche. Deux robes, parfaitement ajustées, une nacre et une amarante étaient posées côte à côte sur des mannequins. Quatre servantes pénétrèrent dans la chambre pour aider les deux femmes à s'habiller. Comme toujours, Morgana et sa mère avaient des sous-vêtements identiques: culottes « elfiques » et bas de soie, le tout assorti à leurs robes et un bustier.
La robe de Morgana comportait un corset de soie brodé d'argent et rehaussé de perle. Les baleines étaient en argent massif. Dans le dos, une cordelette d'argent avait été serrée par une des servantes, lui affinant la taille, lui rehaussant la poitrine et manquant de l'asphyxier. Le bas de la robe était fait d'un jupon de soie, sur lequel avait été disposé un panier qui lui élargissait à peine les hanches. Ensuite, la servante avait passé quatre jupons de mousseline et le bas de la robe, en soie lui aussi, liseré d'argent. Morgana compléta sa tenue avec de longs gants de soie, des escarpins et un collier ras de cou à trois rangs de perles.
La robe de Vinlaarie était similaire à celle de sa fille, si ce n'est que le corset était rehaussé d'une broderie de pétales de roses. Autre détail, les baleines du corset étaient fait de tiges de roses dont les épines étaient toutes tournées vers l'extérieur.

- Allons-nous à un bal costumé ou allons-nous préparer une bataille décisive contre les hordes d'Abbadon, mère?
- Nous allons nous rendre au conseil de guerre pour discuter de la marche à suivre.
- Ce qui veut dire que...
- Que je t'emmène au conseil. Tu y as ta place après tout. Tu es le fruit d'une lignée de grands combattants et tu as fait tes preuves. Et je ne peux pas te laisser systématiquement à l'écart.
- Vous voulez dire que vous me laisserez prendre part à la bataille! Mère, vous me rendez si heureuse! Enfin vous me comprenez.
- Je te comprends en effet. Mais cela ne signifie pas que je suis prête à t'envoyer à une bataille dont je ne suis pas sure moi-même de sortir.
- Mais mère...
- Il n'y a pas de mais. Je sais que tu brûles de prendre part à une immense bataille, que tu cherches à t'affranchir de mon ombre qui te pèse. Ce sont de nobles raisons, je te l'accorde, je sais à quel point tu es douée. Je connais tes désirs, j'ai eu les mêmes. Mais il n'y a rien de pire pour un parent que de devoir faire face à la mort de son enfant.
- Je serai prudente.
- Morgana, tu ne sais pas de quoi tu parles. Dans ce genre de bataille, il n'y a pas de gloire... il n'y a que du malheur et de la souffrance. Tu n'es pas prête à affronter ça.
Je t'en supplie maman, je suis prête depuis ma naissance. Et si les lanciers tombent demain ou dans trois jours, ce ne sera qu'une question de temps avant que le Crépuscule d'Elona se répande ailleurs. Et là, sans vous, je ne pourrai plus rien faire. Une Mortséide ne fuit pas. Tu me le dis tout le temps: on n'est jamais plus fort que quand on se bat pour ne pas perdre ce qu'on a. Tu te bats pour moi et je vais me battre pour toi, tant pis si tu n'es pas d'accord. Je ne te rendrai pas triste, je te le promets.
- Tu ne m'avais jamais appelée maman...
- Désolée.
- C'est très plaisant au contraire... et effectivement, tu me ressembles vraiment. Fauconnoir sera déçu. Je lui avais dit que tu viendrais prêter main forte au Comité dans le grand nord. Il devra se passer de toi.
- De toute façon, il m'a dit qu'il ne voulait pas me voir et que je serais plus efficace près de ma maman.

Vinlaarie était à la fois fort dépitée et très fière de l'attitude de sa fille. Celle-ci avait grandi et gagné en puissance. Bien sûr, elle ne verrait toujours qu'une enfant en contemplant Morgana. Son enfant quelle devait accepter de voir évoluer. Ainsi vint Morgana se joindre à la bataille dont l'issue devait en partie se jouer au conseil...

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Re: [Récit] Crépuscule sur Elona

Message  Vinlaarie le Ven 23 Mai - 16:10

Chapitre 3: Le Conseil.

Vinlaarie et sa fille arpentaient le long corridor d'un pas silencieux et décidé. Les traits de Morgana s'étaient fermés, les paroles de sa mère résonnant encore dans son esprit. Vinlaarie quant à elle, était perdue dans ses pensées. Elle se souvenait du jour où elle avait pris part à sa première bataille en tant que Commandeur des Exolicteurs, les Gardiens de la Troisième Porte. Comme aujourd'hui, tout avait commencé par une conversation devant un miroir. Les siècles avaient passé mais le souvenir de ce jour était resté intact. Déjà Vinlaarie Mortséide était vêtue de rouge. Ceinte dans son armure de sang et drapée dans son grand manteau, elle contemplait alors le reflet de sa mère disparue.
Tandis qu'elle posait sa main sur le miroir, cherchant à saisir en vain celle de Méliandra, son père, Altaïr Mortséide se glissa silencieusement dans son dos. Il sentit l'inquiétude de sa fille et le besoin qu'elle éprouvait en cet instant. Elle demandait de l'aide car elle ne se sentait pas prête à accomplir la tâche que le Conseil lui avait dévolu.
- Ta mère ne te sera d'aucune aide, petite princesse. Il est bon de se souvenir de ceux qui nous manquent mais il est vain d'en attendre quoi que ce soit. Je te l'ai déjà dit: si la mort était si funeste, ta mère en serait revenue depuis des siècles.
- Père, je n'y arriverai pas, répondit alors la jeune fille en se serrant contre son père. Je ne suis pas aussi forte qu'elle l'était le jour où elle est partie enlever la Tour de Garde aux Aéthonides. Si j'échoue...
- Tu n'échoueras pas, crois-moi. Cette bataille sera notre vengeance. Tu t'y es préparée depuis toujours. Tu es devenue le plus jeune Commandeur des Gardiens dans l'histoire de notre peuple et ta maîtrise des armes et de la magie ne souffre aucune comparaison. De plus, tu ne seras pas seule. Tu as des capitaines talentueux, dignes de confiance et prêts à tout pour toi. Il est dit que tu seras plus grande qu'aucun autre parmi nous ne le sera jamais et c'est aujourd'hui que sera posée la première pierre de ton destin. Vas sans crainte car c'est la victoire qui t'attend.

Les portes de la salle du Conseil s'ouvrirent alors. Sur une grande table en bois de baobab étaient étalées cartes et notes diverses. Plusieurs groupes de personnes discutaient: Noho, Saeko et Mantra étaient dans un coin, tandis que de l'autre côté, Kormir s'entretenait avec Koss, Dunkoro et Olias. Dans un sombre recoin, Vinlaarie et Morgana distinguèrent la silhouette décharnée et nauséabonde de Palawa Joko à la droite duquel se tenait le général Morghan, toujours impassible.
- Salut à vous, dit Vinlaarie. Approchez de la table. Saeko, montre-nous les lieux je te prie.
- Bonjour Vin', répondit l'intéressée.
- L'envoûteuse exécuta l'ordre du maréchal dans lanciers. Aussitôt, les cartes étalées sur la table prirent du volume, jusqu'à représenter, en relief, dans ses moindres détails, le Palais des Morts et ses alentours qui serviraient de théâtre à la bataille à venir.
- Tu ne nous présentes pas ta nouvelle petite protégée, Maréchal, demanda Kormir avec un sourire narquois. Est-ce là tout ce que tu as pu trouver comme renfort?
- Kormir, Kormir, Kormir... si je n'avais pas eu le malheur de te suivre dans ce fiasco que fut l'attaque contre Gandara, je penserais que lorsque les démons d'Abbadon t'ont dévoré les yeux, ils ont aussi dévoré une partie de ton jugement. Forte de cette expérience, je sais à quoi m'en tenir. Tu es incapable de juger d'une situation ou d'une personne correctement. Dois-je te rappeler que tu as toi-même contribué au réveil du sixième dieu? Or donc, j'allais y venir avant d'être interrompue. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, cette jeune personne se nomme Morgana. C'est ma fille unique. Et à elle seule, elle vaut largement un régiment de Lanciers du Soleil.
- Alors nous somme sauvés, dit Palawa Joko avec ironie. Nous allons combattre Varesh Ossa, ses margonites, ses démons, peut être même avec leur propre dieu... et nous... nous avons une jeune fille et sa jolie robe en guise de renforts. La victoire est notre, cela ne souffre aucun doute.
Jusqu'ici, Morgana avait écouté sans rien répondre mais là, s'en était trop pour elle.
- Vous croyez que vous valez mieux que moi tous les deux? Je n'ai peut être pas vos titres de gloire ou votre « brillant » passé militaire mais je suis une Mortséide, comme Noho et Vinlaarie. Vous aurez donc eu tout le temps de comprendre que nous avons des pouvoirs qui dépassent votre entendement de pathétiques mortels. Je ne fais pas exception. Je n'ai pas de leçons à recevoir de vous Kormir. Quand on mène son peuple à la ruine par orgueil et manque de discernement, la moindre des choses est de savoir se taire. Je n'ai pas non plus de leçons à recevoir de celui qui passe pour le plus infâme traître de l'histoire d'Elona, Palawa Joko. Si nous n'étions pas obligés de faire cause commune dans cette bataille, je vous ferais ravaler vos propos sans coup férir.
- As-tu fini ma fille?
- Oui mère.
- Bien. Alors nous pouvons reprendre nos plans de bataille... enfin... à moins qu'il y ait encore ici une personne qui veuille nous faire profiter de sa voix. Comme l'a dit ma fille, il est des moments où il faut savoir se taire. Il serait fâcheux que je me voie forcée de devoir répandre les contestataires aux quatre coins de cette pièce. Général Morghan, la parole est à vous.

Le message de Vinlaarie était très bien passé. Même Mantra et Saeko avaient cessé de rire sous cape en écoutant la réponse de Morgana. Le vieux général kournan se racla la gorge et commença à exposer les plans de la bataille.
- Mon ancienne élève est une spécialiste de la tactique du fer à cheval. Elle a pour habitude de dégarnir son centre et de renforcer ses flancs. Ainsi, elle cherche à attirer les troupes adverses dans un entonnoir, à réduire leurs marges de manoeuvre et à leur couper leur retraite. Ceux qui étaient à Gandara ont eu largement le temps de s'en rendre compte. Pour ce que j'en sais, à l'heure actuelle, il n'y pas plus de soldat kournan parmi ses troupes. De toute façon, ils n'auraient été que d'une utilité limitée dans le désert de soufre, étant donné qu'ils ne peuvent être disposés que dans des parties limitées que nous contrôlons déjà avec les lanciers du Soleil. Les gros de ses forces est assuré par des contingents de margonites que les espions de Palawa Joko ont estimé à plusieurs milliers. Ils sont renforcés par des démons du Tourment aux pouvoirs immenses. Varesh ayant ouvert des portails vers le Tourment, elle dispose potentiellement de renforts illimités. Nous en revanche...
- Nos effectifs sont très limités, au point que nous n'auront pas vraiment de troupes de réserves, dit Vinlaarie. Et comme vous l'avez souligné, la nature de ce désert est à notre désavantage. Saeko, quelles sont nos forces?
- C'est très simple: nous avons la garde du Palais des Morts, soit cinq cents hommes, les troupes annexes de Palawa Joko, soit deux mille hommes. À cela s'ajoutent les deux cents Lanciers du Soleil que nous avons pu mener jusqu'ici, les cinquante gardes de ton château volant, les six cents hommes envoyés par les princes de Vabbi, les Zaishens, nos amis, nos proches... et nous.
- Plus la centaine de membres de la Lame Brillante qui ont accepté de se joindre à moi, interrompit Morgana. Ce qui monte nos forces à environ quatre mille six cents hommes. C'est une troupe immense.
- Elle l'est en effet, dit Vinlaarie... mais elle reste largement inférieure à ce que Varesh Ossa est capable de déployer. Si comme nous le pensons, l'attaque commence ce soir, une partie de nos hommes sera désavantagée. De plus, nos mouvements seront limités. Seuls les morts vivants de Palawa Joko pourront être mobiles. Même si nous avons plié la reine Ainundu à notre volonté, nous ne disposons que de trop peu de guivres. Néanmoins, leur force de frappe et leurs capacités de déplacements souterrains nous seront d'une aide précieuse. Contrairement à nos adversaires, nous avons des armes de sièges et nous pourront frapper des cieux grâce à la Tour du Sorcier.
- Rapide comme le vent, silencieux comme la forêt, féroce comme le feu et immobile comme la montagne... c'est ainsi que devra être notre armée dit Dunkoro.
- Effectivement, nous devrons agir comme cela. Maintenant, déployons nos troupes sur la carte. Saeko, c'est à toi de jouer.

Saeko s'exécuta: elle avait enchanté la carte pour lui donner l'apparence exacte des alentours. Le Palais des Morts et ses systèmes de défense étaient fidèlement représentés, la Tour du Sorcier y figurait elle aussi. L'envoûteuse avait parfaitement restitué une petite parcelle du monde connu.
Vinlaarie et le conseil optèrent pour une stratégie défensive, le gros des troupes devant être concentré sur le Palais des Morts, la Tour du Sorciers et sur les falaises qui dominaient la plaine de soufre. Palawa Joko commanderait ses troupes de morts vivants, destinés à être engagés en première ligne et à repousser le gros de la première vague d'assaut qui viendrait de l'est. Morgana eut le commandement des archers destinés à être placés sur la falaise au sud du Palais des Morts. Vinlaarie serait au Nord, elle aussi en première ligne, à la tête des Lanciers et des contingents Vabbians. Saeko, Mantra, Olias et Dunkoro étant chargés de constituer sa garde personnelle. Kormir, secondée par Koss, avait le commandement de la Garde du Palais des Morts. D'autres archers, encadrés par les Zaishens seraient postés sur la falaise au nord. Noho, quant à elle commanderait la Tour du Sorcier. Mhenlo, Cynn, le Maître des Soupirs, Margrid la Sournoise, Melonni, Goren, Norgu et Sogolon avaient été désigné pour figurer parmi les chevaucheurs de guivres. Ces décisions avaient été entérinées non sans d'âpres discussions et la réunion s'acheva vers midi. Le temps était désormais au déploiement des troupes et à leurs prises de positions. Les membres du conseil étaient inquiets en songeant à ce qu'ils devraient affronter une fois la nuit venue. Ils ressentaient tous de plein fouet cette peur qui rampait dans les entrailles de chaque combattant présent et dont les démons de Varesh se délectaient déjà.

Vinlaarie, accompagnée de Noho et Morgana se retira dans ses appartements. Les trois Mortséide étaient plus déterminées que jamais à abattre le sixième dieu. Un silence morbide régnait dans la chambre déserte. Celui-ci fut rompu par Noho.
- Tu ne doutes pas de notre victoire j'espère, jeune Vinlaarie?
- Non. Mais je donnerais cher pour avoir avec moi mes anciens compagnons Demetrios, Incandescence et Latrine.
- Latrine et Demetrios ont certainement disparu... quant à Incandescence... il est clair qu'il nous serait très utile.
- Qui sont ces gens, mère? Demanda Morgana.
- Latrine était une augure maudite, capable de connaître la destinée des hommes. En outre, elle pouvait influencer les esprits faibles. Demetrios était mon second lors de la prise de la Tour de Garde et de ma victoire contre la princesse Séleucide, fille du roi Aethon. Quant à Incandescence, il est un des fils du Seigneur Ténèbres et de Dame Lumière. C'est lui qui a enseigné la Pyromancie aux mortels.
- Des êtres très puissants et infiniment plus estimables que ces rats que nous sommes obligés de côtoyer en ce monde, Morgana, dit Noho. Cependant, nous devons faire avec ce que nous avons. Mais une question se pose encore, Vinlaarie: pourquoi n'as-tu pas fait appel à tes amis du Comité de la Bière de Nains?
- Ils ont trop à faire dans les Cimefroides... et je comptais mener cette guerre seule avec toi Noho. Je suis désolée Morgana mais tu as contrarié mon plan initial. Je ne voulais pas prendre le risque de perdre des gens que j'apprécie dans une guerre qui pourrait leur être fatale. Tu es là, j'en suis ravie. Tu peux me croire.
- Je sais, mère. Nous en avons déjà parlé.
- Mesdemoiselles, il est temps de revêtir nos atours de combat et de rejoindre nos unités respectives, dit Noho. Adieu Vinlaarie, quand les ténèbres déchireront la nuit, la victoire sera nôtre. Adieu Morgana, tu es la digne héritère de notre lignée.
- Qu'entends-tu par ces adieux Noho? Demanda Morgana.
- En effet Noho... tu ne seras peut-être pas forcée d'en arriver là. Nous n'aurons pas besoin d'en arriver à ce genre d'extrémités pour obtenir la victoire. Même si nous sommes trop peu nombreux, même si ces hommes ne sont pas de grands combattants, je suis à leur tête..
- Allons jeune fille, tu connaissais déjà l'issue de cette histoire. Souviens-toi: la mort ce n'est pas si terrible.

Noho sourit à ses descendantes et quitta la pièce, laissant derrière elle une Morgana perplexe et une Vinlaarie qui brûlait du désir d'en finir avec Varesh et ses démons...

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Vinlaarie
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